Dans un monde hyper médiatisé où l’on considère que sans plan de communication une entreprise n’a guère de chance de trouver le chemin de la réussite, les cabinets d’expertise comptable et d’audit font figure d’extraterrestres, au même titre que nombre professions règlementées. Pourtant, depuis quelques années, on peut observer une réelle inversion des tendances.
Historiquement, non seulement les professions du chiffre (puisque c’est d’elles dont il s’agit sur ce blog) n’avaient pas le droit de communiquer vers leur public de quelque façon que cela soit, mais de toutes manières elles n’en n’avaient guère besoin. Le bouche-à-oreille et l’intégration dans les réseaux professionnels suffisait amplement à remplir des agendas quasi-ministériels et les associés ne se formalisaient pas forcément de ne pouvoir jouer avec les mêmes armes que leurs clients sur la bataille du « parler pour être entendu », sur la guerre de « plus on me voit dans les médias mieux je vends ».
Rappelons historiquement les faits…
Le texte fondateur de nos professions est l’ordonnance du 19 septembre 1945 (qui régit l’organisation comptable en France et dont l’application est surveillée par l’ordre des experts-comptables – CSOEC). La bonne tenue des comptes des entreprises (et par conséquent des taxations qui leur sont imposées!) devient ainsi une obligation légale autant qu’un devoir d’intérêt général pour la profession. Dans le contexte d’après-guerre, la réglementation de la profession est ainsi un moyen de contribuer au redressement de l’économie du pays.
L’ordonnance du 5 novembre 1992, qui elle-même était une actualisation de celle du 1er octobre 1962 indique en effet dans l’article 6 que « L’expert-comptable et financier ne peut effectuer aucune publicité qui puisse nuire à l’éthique professionnelle pour la prospection de la clientèle ». >> La première limitation de communication de la profession, contrainte.
Basé sur l’ordonnance de 1945, puis de ses actualisations, le code de la déontologie des experts-comptables définit plus précisément le champ du métier, notamment sur un plan éthique. Imposant une formation spécifique et le fait de prêter serment devant le CSOEC, la déontologie protège depuis des décennies le métier d’expert-comptable (et celui de commissaire aux comptes). Ceci est d’ailleurs une exception française dans le paysage européen et même mondial de la comptabilité : les autres pays laissent le droit à d’autres professions comme les avocats ou les banquiers par exemple, le soin de gérer et vérifier les comptes des sociétés. Ce protectionnisme de la profession a permis aux cabinets français d’être défendus contre une concurrence extérieure, étant les seuls habilités à tenir et certifier la comptabilité de leurs clients en France. >> La deuxième limitation de communication, cette fois-ci, choisie.
Il n’existe pas beaucoup de codes de déontologie officiels : Il y a notamment celui de la police, des architectes, des professions médicales…. Et les deux nous concernant : celui des experts-comptables et celui des commissaires aux comptes.
Le code des EC de 2007, actuellement en vigueur (mais qui changera probablement bientôt au vu des évolutions récentes évoquées plus bas…), cantonne encore une fois les envies de communication des experts-comptables à leur plus strict minimum. L’article 12, mentionne ainsi qu’il est « interdit aux personnes mentionnées à l’article 1er d’effectuer toute démarche non sollicitée en vue de proposer leurs services à des tiers. »
Exit donc le démarchage, et, par conséquent, toute forme de prospection. Certes, les cabinets pouvaient organiser et participer à des petits déjeuners ou conférences, mais uniquement dans le but d’informer les participants, et sans s’autoriser une quelconque séduction à la fin de l’événement auprès des entreprises… « La pêche au gros, oui, à la ligne… hors de question » comme dirait un expert-comptable que je connais bien…
Exit aussi la possibilité alléchante, comme pour les assurances ou la grande distribution… de comparer ses atouts avec ceux de la concurrence. Le code est clair sur le sujet, la communication soit être « décente et empreinte de retenue, que son contenu ne comporte aucune inexactitude ni ne soit susceptible d’induire le public en erreur et qu’il soit exempt de tout élément comparatif ». On ne dit pas qu’on est moins cher que le voisin, ni que nos collaborateurs sont plus diplômés chez nous qu’ailleurs etc…
Exit enfin, mais là c’est déjà plus rare d’organiser ce type d’événements j’en conviens, de faire simplement la promotion de son cabinet lors d’une conférence, puisque cela, en soit, n’apporte pas de valeur ajoutée aux participants « les actions de promotion sont permises dans la mesure où elles procurent au public une information utile. »